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Guide académique

La langue igbo : lettres, ton, grammaire et mots

Un guide académique de l’igbo écrit, tiré d’un dictionnaire de référence, d’un guide de vocabulaire et d’un abrégé de grammaire.

⏱ ~9 min de lecture

1 L’alphabet : 36 lettres, huit voyelles

L’igbo écrit utilise le Nkpụrụ Edemede Asụsụ Igbo, l’alphabet igbo. Les trois ouvrages de référence consultés comptent tous 36 lettres : huit voyelles et vingt-huit consonnes. Neuf de ces lettres sont des digrammes, des paires de lettres qui représentent un seul son et sont classées alphabétiquement comme une seule unité.

Les voyelles sont a, e, i, ị, o, ọ, u, ụ. Les trois lettres munies d’un point souscrit ne sont pas des ornements : akwa et akwụ sont deux mots différents. Les consonnes sont b, ch, d, f, g, gb, gh, gw, h, j, k, kp, kw, l, m, n, ṅ, nw, ny, p, r, s, sh, t, v, w, y et z. Deux sons n’existent pas en français : gb et kp.

Les lettres pointées ont une histoire. Une orthographe de 1961 (l’orthographe Onwu) utilisait des points. Un dictionnaire adopte une variante ultérieure dans laquelle les voyelles pointées sont imprimées avec des trémas, ñ remplace ṅ et c remplace ch, de sorte que tous les caractères puissent être saisis sur une machine ordinaire. Ce site emploie les formes pointées courantes aujourd’hui à l’école et dans l’édition.

Une précision sur les décomptes : les ouvrages s’accordent sur huit lettres vocaliques, mais le nombre de voyelles dans la littérature spécialisée dépend de l’analyse retenue. Ce guide parle donc de « huit lettres vocaliques » et évite de donner un nombre unique de phonèmes.

LettresSonExemple
chcomme « tch » dans « tchèque »chere! (attends !)
gbimplosiveegbe (aigle, fusil)
ghfricative vélaire voiséeaghụghọ (tromperie)
gwg avec arrondissement des lèvresagwọ (serpent)
kpimplosiveakpa (sac)
kwcomme « koue » dans l’anglais « queen »akwụkwọ (livre)
nwn + wanwụ (moustique)
nynasale palataleanya (œil)
shcomme « ch » dans « chat » ; rareshuga (sucre)

2 Le ton : pourquoi la hauteur change le sens

L’igbo est une langue tonale : le schéma de hauteur d’un mot fait partie du mot. Une analyse de dictionnaire décrit deux tons, Haut et Bas, avec un troisième trait, l’abaissement (downstep), dans lequel un ton Haut est prononcé légèrement plus bas que le Haut qui le précède. Un guide pour apprenants enseigne plutôt trois marques : haut (´), bas (`) et plat ou moyen (¯).

L’exemple classique est akwa, avec quatre schémas tonals et quatre sens. D’autres paires sont égbé « aigle » et égbè « fusil », ényì « ami » et ényí « éléphant » ; afọ signifie « année » avec un schéma et « ventre » avec un autre.

La plupart des écrits courants ne notent pas les tons et les lecteurs se servent du contexte. Le dictionnaire consigne le ton lexical par défaut, c’est-à-dire le ton d’un mot prononcé isolément, et non chaque modification causée par la phrase environnante. On ne s’accorde pas sur la question de noter tous les tons ou seulement les tons bas. Les deux descriptions sont deux manières de noter un même système pour des lecteurs différents, et le dictionnaire est la meilleure référence pour le ton.

Schéma tonalSens
akwa [Haut-Haut]larme, cri ; lamentation funèbre
akwa [Haut-Bas]étoffe
akwa [Bas-Haut]œuf
akwa [Bas-Bas]pont

3 Notions de grammaire : sons, mots et phrases

La forme des mots. Les mots igbo sont construits à partir de syllabes ouvertes. Un abrégé de grammaire affirme qu’une consonne est toujours suivie d’une voyelle et que deux consonnes ne se côtoient jamais, sauf dans les digrammes. Le dictionnaire montre qu’il s’agit d’une simplification : des nasales syllabiques, comme au début de mmiri « eau », existent aussi. Il décrit l’igbo comme une langue essentiellement de deux syllabes : les noms commencent généralement par une voyelle, une semi-voyelle ou une nasale syllabique, et les verbes commencent toujours par une consonne.

Rencontres de voyelles. L’abrégé décrit trois processus. L’assimilation : une voyelle fait sonner sa voisine comme elle. L’élision : une voyelle disparaît quand deux mots se joignent, comme dans nwa + oke → nwoke « mâle », nwa + anyị → nwanyị « femme », uso + ekwu → usekwu « cuisine ». L’harmonie : les voyelles pointées tendent à rester ensemble dans un même mot et a va avec l’un ou l’autre groupe.

Les classes de mots. L’abrégé emploie des noms igbo : nnọchiaha (pronom), mkpụaha (nom), ngwaa (verbe), mbụụzọ (préposition), njikọ (conjonction), nkọwaokwu (adverbe), nkọwaaha (adjectif). L’igbo a peu de vrais adjectifs et les noms peuvent jouer le rôle d’adjectifs.

Les quatre rôles de na : conjonction « et » (anụ na azụ) ; préposition (n’elu oche) ; auxiliaire du continu (ha na-aga egwu) ; et élément du verbe « être à » (Ọ nọ n’ụlọ). Le futur se marque avec ga (Ị ga-aga ahịa). Le pluriel se marque par un mot, non par une terminaison : mmadụ abụọ, ndị mmadụ, ndị Igbo. La négation emploie le suffixe -ghị : Ada bịara ma ọ hụghị anyị. L’abrégé est un guide pour débutants, non une grammaire descriptive, et ses règles doivent être lues comme telles.

4 Dialectes, Igbo Izugbe et le mot « Igbo »

L’igbo est une famille de dialectes très proches. D’anciennes classifications mentionnent Plains, Osimili, Savannah, Omambala, Central et Delta ; parmi les noms informels figurent Ahoada, Bende, Ika, Ikwerre, Izzi, Mbaise, Nsukka, Obowo, Ohuhu, Onitsha et Owerri. Le choix pratique du dictionnaire consiste en deux grandes zones, Owerri et Onitsha. Les locuteurs de zones différentes se comprennent moins facilement, mais les éléments de base demeurent constants. Les frontières des sons et celles du vocabulaire ne coïncident pas toujours.

Les deux zones emploient bien des mots différents : « manger quelque chose » se dit rie ihe à Owerri et lie ire à Onitsha, et les formes ne sont pas interchangeables ; « penser » se dit cee à Owerri et loo à Onitsha ; « nourriture » se dit nri ou nni.

L’igbo écrit standard, l’Igbo Izugbe, a été élaboré par le comité SPILC à partir d’un igbo d’Owerri–Umuahia généralisé et d’un igbo d’Onitsha généralisé. L’auteur du dictionnaire y voit une démarche judicieuse pour la structure des phrases, mais « un appauvrissement lorsqu’elle est appliquée au lexique », car elle peut effacer des mots de dialecte.

À propos des noms : le nom commun igbo, en minuscule, signifie « hautes terres ; terres agricoles pauvres loin du bord de l’eau », « Igbo » désigne le peuple et la langue, et « Ibo » est une graphie plus ancienne que le dictionnaire juge inexacte, encore présente dans les sources coloniales.

5 Salutations et politesse : une langue d’encouragement

Les salutations igbo font plus que dire bonjour : beaucoup encouragent, bénissent ou souhaitent un bon voyage. Le verbe daa porte le sens de « continuer à faire », si bien que Daalụ (de Da alụ ọlụ, « continue le travail ») est à la fois un encouragement et un remerciement. Les mots ci-dessous proviennent du dictionnaire et du guide de vocabulaire ; lorsqu’ils diffèrent, la différence est signalée.

Nzu, la craie blanche, est un symbole de pureté et de joie utilisé pour accueillir les visiteurs ou annoncer une naissance. Accepter la craie blanche est un rite d’hospitalité, souvent réservé aux détenteurs de titres.

IgboSens
NdewoBonjour, salut
Kedụ ka ị mere?Comment vas-tu ? (réponse : Adị m mma « Je vais bien », Ọfụma « très bien »)
Ụtụtụ ọma · Ehihie ọma · Mgbede ọmaBon matin · bon après-midi · bonsoir
Ịsaala chi?Une salutation du matin ; « Es-tu réveillé ? »
DaalụMerci ; encouragement à quelqu’un au travail
NnọọBienvenue ; aussi la réponse à un remerciement
AlụaBon retour, heureux retour à la maison
Da ejeBon voyage, au revoir
NdoDésolé ; « courage »
BikoS’il te plaît, pardon
Ise!Amen, ainsi soit-il
Ka chi bọ · Ka emesịaBonne nuit · au revoir

6 Compter, le temps et la semaine de quatre jours

Le comptage igbo traditionnel se faisait par vingtaines. Le dictionnaire consigne ogụ (ou ọhụ) pour 20 et nnụ pour 400, un système vigésimal. Le système décimal moderne les remplace par des combinaisons : iri abụọ « deux dix » pour 20 et nari anọ pour 400. Les nombres se joignent avec na : iri na asaa fait 17, tandis que iri asaa fait 70. Les ordinaux emploient nke : nke mbụ, nke abụọ, nke atọ. L’horloge est un emprunt moderne (elekere « heure », nkeji « minute »).

La semaine traditionnelle compte quatre jours, Eke, Orie, Afọ et Nkwọ, chacun étant aussi le nom d’un marché. Une semaine se dit izu ; une « semaine d’église » de sept jours se dit izu ụka et une « grande semaine » de huit jours se dit izu ukwu. Un mois se dit ọnwa, « lune », et une année afọ. La saison sèche est ọkọchị et la saison des pluies est udu mmiri ; un manuel pour apprenants fait correspondre les saisons européennes différemment, il convient donc de le vérifier dans un dictionnaire.

Les noms de jours de marché deviennent aussi des prénoms. Le préfixe Oke- ou Oko- plus un jour donne des prénoms masculins comme Okeke (Eke), Okafọ (Afọ), Okonkwo (Nkwọ) et Okorie (Orie).

NombreIgboRemarque
1otuaussi ofu dans certains dialectes
2abụọ
3atọ
4anọ
5ise
6isii
7asaa
8asatọịsafọ à Onitsha
9itoolu, iteghetedeux formes
10iri
100nari
1,000pukuun emprunt
1,000,000nde
1,000,000,000ijerilittéralement « incomptable »

7 Les mots de la famille : un vocabulaire d’appartenance

Les termes de parenté montrent comment une personne igbo se situe dans le monde. La famille proche est ezi na ụlọ, « la concession et la maison ». Au-delà s’étendent des cercles plus larges : ụmụ nna, défini comme « frères, cousins, parents » (l’umunna, le groupe patrilinéaire au cœur de la vie sociale igbo), ikwu comme parentèle ou lignage (ikwu nne pour les parents du côté maternel) et ogbo comme classe d’âge.

Parmi les mots essentiels figurent nne et nna (mère, père), nwa et ụmụ (enfant, enfants), nwanne (frère ou sœur, de nwa nne « enfant de la mère »), okpara et ada (fils aîné, fille aînée), di et nwunye (mari, épouse), nna nna et nne nne (grand-père, grand-mère), ọgọ (beau-parent, allié) et ibe (compagnon, voisin ; ibe nna cousin paternel). Une expression proverbiale rappelle que nwanyị bụ nwa : « une fille est aussi un enfant ».

8 Brève histoire des dictionnaires igbo

L’igbo est mis par écrit depuis bien plus d’un siècle. Le dictionnaire énumère ses prédécesseurs : Schön (1852) ; Crowther et Schön (1882–83) ; Ganot (1904) ; N. W. Thomas (1913) ; l’archidiacre Dennis et ses collègues (1923) ; Armstrong (1967) ; Welmers et Welmers (1968) ; Williamson (1972) ; et deux dus à des auteurs igbo, le Okowa Okwu de F. C. Ogbalu (1962) et le Modern English-Igbo Dictionary de H. I. Nnaji (1985). Ogbalu est salué comme la force motrice du renouveau de l’igbo écrit, tandis que l’habitude de mêler de vrais mots igbo à des équivalents forgés de mots anglais (par exemple bakiteria « bactérie ») est critiquée.

L’Igbo-English Dictionary de Michael Echeruo (préface datée de 1997, imprimé par Longman Nigeria en 2001) rassemble des mots attestés issus de plusieurs dialectes, avec étiquettes dialectales, ton, sens numérotés, notes étymologiques et exemples tirés de textes. Ce n’est pas un dictionnaire pour apprenants. Il consigne aussi des emprunts : egusi et orisa au yoruba, osikapa « riz » au haoussa, ekpe à l’efik, et Maazi au français Monsieur.

Pour les apprenants, un guide de vocabulaire thématique en dix-huit chapitres et un court abrégé de grammaire complètent le dictionnaire : ensemble, ils couvrent un dictionnaire de savant, une liste de mots d’apprenant et une grammaire de débutant. Comme le dit le dictionnaire : « Un dictionnaire est toujours un travail en cours. »

Termes clés

Digramme
Deux lettres qui représentent un seul son, comme ch, gb, kp.
Ton
Le schéma de hauteur qui fait partie d’un mot.
Abaissement (downstep)
Un ton Haut prononcé légèrement plus bas que le Haut précédent.
Igbo Izugbe
L’igbo écrit standard.
Élision
Disparition d’une voyelle quand deux mots se joignent.
Harmonie vocalique
La tendance des voyelles pointées à rester ensemble dans un mot.
Vigésimal
Comptage par vingtaines.
Izu
La semaine de quatre jours ; aussi une unité de semaine de marché.
Daalụ
Merci, et encouragement à continuer.
Umunna
La famille élargie patrilinéaire (ụmụ nna).
Ogbo
Classe d’âge.
Nzu
Craie blanche, symbole de pureté et d’accueil.

Questions pour la discussion

  1. Pourquoi une langue tonale pourrait-elle laisser le ton non noté dans l’écriture courante, et quels en sont les coûts ?
  2. En quoi la salutation Daalụ reflète-t-elle une attitude culturelle envers le travail et la gratitude ?
  3. Quels sont les avantages et les risques d’un standard écrit unique comme l’Igbo Izugbe ?
  4. Comment l’ancien système de comptage vigésimal façonne-t-il encore la manière dont les grands nombres sont construits ?
  5. Quelles différences entre le vocabulaire d’Owerri et celui d’Onitsha compteraient le plus pour un apprenant ?

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